• Paris d'Exil

[Communiqué] Expulsions et rétention

En un mois, au moins 50 personnes ont été expulsées depuis le centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes. 

Entre le 11 janvier et le 11 février 2021, la France a procédé à au moins 50 réadmissions Dublin, en d’autres termes, elle a expulsé des personnes demandeuses d’asile vers les pays européens où ils ont enregistré en premier lieu leur demande d’asile en application du très décrié règlement Dublin.


C’est une vision partielle des expulsions en cours, qui ne concernent que le CRA de Vincennes. Nos sources d’information sont multiples. Des soutiens qui nous préviennent, des exilé·e·s qui nous appellent depuis le CRA. Des contacts avec des soutiens en Suède ou en Allemagne qui donnent des nouvelles.


Il s’agit bien de faire disparaître des étrangers sans bruit mais non sans violence.


D’abord les faits :

  • 11/01/21 : 5 personnes sont renvoyées vers la Suède via un avion privé au départ de l’aéroport du Bourget. Les expulsions de ce type ne sont pas nouvelles, elles coûtent des millions d’euros.

  • 13/01/21 : 10 personnes renvoyées vers l'Allemagne via un avion privé au départ de l’aéroport du Bourget.

  • 15/01/21 : Une expulsion vers l’Allemagne. Nous n'avons appris que récemment qu'il y avait eu une expulsion ce jour-là. Les proches d'un demandeur d’asile Afghan qui était au CRA de Vincennes nous ont prévenu qu'ils n'avaient plus aucune nouvelle de lui depuis le 15/01, date à laquelle il a été renvoyé à Cologne. Nous supposons donc qu’il a été placé en rétention quelque part en Allemagne… 

  • 22/01/21 : 8 personnes expulsées vers l’Allemagne.

  • 28/01/21 : 5 personnes expulsées vers la Suède. 2 personnes supplémentaires devaient l’être ce même jour, mais ont été testées positives au Covid-19 juste avant le vol. Elles ont été placées en isolement à l’intérieur du CRA en attendant une expulsion ultérieure.

  • 29/01/21 : Expulsion(s) vers l'Allemagne … puis Kaboul. Combien de personnes concernées par ce vol vers l’Allemagne ? Aucune idée. Dans ce cas précis, nous connaissions seulement un demandeur d’asile afghan qui n'avait pas encore eu d'audience pour son recours contre ce renvoi forcé en Allemagne. Lors de l’audience, son avocate a prouvé, documents à l’appui, qu’il avait épuisé tous les recours en Allemagne et était condamné à une expulsion vers l’Afghanistan si il était renvoyé en Allemagne. Le juge n’a pas trouvé l’argument pertinent. Aujourd’hui, il est à Kaboul, il a été renvoyé en charter avec une douzaine de personnes toutes exposées à un danger mortel. Les soutiens allemands se sont bien sûr mobilisés (pétition, rassemblement etc..) mais sans succès. 

  • 11/02/21 : 9 personnes expulsées vers la Suède. Dont les deux personnes testées positives au Covid-19 deux semaines plus tôt.


La machine à expulser tourne donc à plein régime. Une machine folle qui ne répond à aucune logique si ce n’est celle du racisme.  

C’est la roulette russe : ça commence par des matins froids où l’on charge des personnes dans des avions privés au Bourget, ni vu ni connu. Ouf, iels ne contamineront pas les autres passager·e·s des vols Air France. A leur arrivée en Allemagne ou en Suède, iels sont tantôt replacé·e·s en rétention en vue d’un charter vers Kaboul, tantôt assigné·e·s à résidence, parfois libéré·e·s aussi et prêt·e·s à revenir en France aussi vite que possible.

Dans le même temps, d’autres exilé·e·s seront renvoyé·e·s en France au nom du même règlement Dublin. Chassé-croisé insupportable tellement révélateur du mépris à l’encontre des étranger·e·s. Les violences se suivent sans jamais se ressembler totalement. Suspens sordide.


Le traitement des ressortissants afghans par les pays européens est particulièrement abject.

Malgré des milliers de civil·e·s tué·e·s et notamment les 57 attentats meurtriers qui ont fait 512 mort·e·s en 2020, la Suède, l’Allemagne, et maintenant la France, considèrent normal et cohérent d’y renvoyer des personnes.  

D’ailleurs un autre charter Allemagne-Afghanistan est prévu en mars.  


Encore une fois, ce ne sont QUE les situations dont nous avons eu connaissance.

Combien de personnes l’État a-t-il expulsé loin des regards, en sachant que jamais leur demande d’asile ne sera traitée, qu’iels seront peut-être renvoyé·e·s vers leur pays au péril de leur vie ?  


Combien sont-iels à être maintenu·e·s en rétention dans la plus grande promiscuité malgré la pandémie ?

Au Mesnil-Amelot et à Vincennes, plusieurs personnes sont positives au COVID, on le sait. Cette maladie dont on nous dit qu’elle tue. Cette maladie aux variants si contagieux.

Qu’importe, c’est vrai, ce ne sont que des étranger·e·s.  


Combien sont-iels à être condamné·e·s à de lourdes peines de prison pour refus de test PCR alors même que refuser un test est un droit fondamental dont nous bénéficions tous ?

Des retenu·e·s refusent en effet de se soumettre au test avant le vol espérant échapper à l’expulsion : en représailles, plusieurs exilé·e·s ont été condamné·e·s à de lourdes peines de prison ferme pour refus de test au motif d’une « obstruction à la mesure d’expulsion ». Ainsi, cette mesure sanitaire est détournée pour se refermer comme un étau sur des personnes exilées : les personnes refusant un test PCR sont très souvent gardées 90 jours en rétention et peuvent à leur sortie se retrouver en prison.


Ce n’est pas systématique, mais c’est une occasion de plus d’avoir peur. Car la peur est bien là, profonde avec des envies d’en finir.


Ces personnes enfermées et expulsées, qu’elles soient afghanes, guinéennes, soudanaises, sénégalaises, indiennes ou originaires d’autres pays, ont un seul point commun, celui de n’avoir commis aucun délit, aucun crime. Étrangères, elles ont été déclarées illégales par nos administrations. C’est tout.

Mais cela suffit largement à motiver nos dirigeant·e·s toujours prêts à expulser. Prêt·e·s à dépenser des millions dans des avions privés, prêt·e·s à mettre la vie des exilé·e·s en danger, à prendre le risque de faire circuler le virus, à mettre des personnes en prison pour un pseudo délit qui n’est que le fruit de la terreur…   Rien ne les arrête.


Pendant ce temps, ces mêmes dirigeant·e·s encouragent le télétravail, ferment les universités et les lieux de réunion… Silence. Soyez sages.  


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